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L'art de la gratuité

25 octobre 2026 par
L'art de la gratuité
elise couval

Il y a une drôlerie dans mon métier d'artiste : la gratuité. On me demande depuis 3 ans d'intervenir pour des rencontres, des dédicaces, des tables rondes... Pour ça, je dois me déplacer à mes frais, animer gratuitement… Parfois même me loger et me nourrir « gratos ».

Gratuit, oui, mais pour qui exactement ?

Certainement pas pour moi, qui doit consacrer une ou deux journées à un événement, sans compter les frais engagés, le temps de préparation et l'énergie mobilisée. Des frais que je ne peux plus et que je ne veux plus assumer au nom de la fameuse « visibilité » ou pour « rendre service ».

D'une part, la visibilité ne paie ni les factures, ni le carburant, ni le loyer. D'autre part, être artiste, c'est exercer un métier déjà précaire, il ne devrait pas reposer sur le sacrifice financier de celles et ceux qui l'exercent. D'autant qu'à un certain stade, on peut légitimement se demander qui donne le plus de visibilité à l'autre...

Pour ma part, je n'appelle pas ça de la visibilité, mais du profit, de l'exploitation.

Alors, c'est vrai, j'ai découvert un peu tard l'existence d'une charte visant à garantir une juste rémunération des artistes lors des rencontres. J'ai beaucoup dit oui, sans le savoir, pour faire plaisir, par peur de dire non ou de rater quelque chose. Sauf qu'aujourd'hui, je me rends compte que j'ai surtout raté un compte bancaire dans le positif. Je partage donc cette charte ici, pour mes camarades qui, comme moi avant cette année, ne la connaissaient pas :

Et tant que j'y suis, j'aimerais aussi m'adresser à celles et ceux qui pratiquent encore ça, puis s'offusquent ou me font la gueule quand j'annule ou que je refuse de venir parce que je n'ai tout simplement pas les moyens de financer le déplacement. Ce n'est pas à moi de culpabiliser de ne pas avoir les moyens de travailler gratuitement. Si votre événement nécessite les compétences d'un artiste, il nécessite aussi de prévoir les moyens de le rémunérer et de couvrir ses frais.

Si je dis non, ce n'est pas par manque de motivation, je refuse tout simplement de travailler à perte. Depuis quand demander à être rémunérée pour son travail serait une faveur ? Le problème, ce n'est pas mon refus, c'est cette pratique qui banalise le travail gratuit et fait porter aux artistes le coût de leur propre exploitation.

Oui, il est temps de rappeler une évidence : le travail artistique est un travail et il mérite une rémunération juste.

Non, je n'étudierai plus les demandes d'intervention pour lesquelles aucun défraiement n'est prévu, au minimum.

Merci.