10 ans que le Burn out a frappé :
Il y a dix ans, presque jour pour jour, une force destructrice s'est produite dans mon esprit. Je ne saurais dire si elle est apparue brusquement ou si elle m'observait depuis longtemps, tapie dans l'ombre. Toujours est-il qu'un matin, incapable d'accomplir ma rentrée de professeure d'arts plastiques, je me suis retrouvée au sol, recroquevillée, paralysée devant la porte de mon appartement.
J'ai appelé les urgences.
À cette époque, je ne comprenais pas la dépression. Je doutais même de son existence lorsqu'on employait ce mot. Il m'a fallu en traverser les ténèbres pour en mesurer la profondeur, pour découvrir qu'elle n'était pas une simple tristesse, mais un monde entier ; un monde sans lumière où chaque geste demandait un effort surhumain.
Dépression… Burn out
Pendant deux ans, j'ai navigué dans les plis de mon lit. De temps à autre, je faisais halte aux portes de la psychiatrie, puis dans les couloirs administratifs de l'Éducation nationale, où l'on découvre que même la souffrance doit remplir des formulaires.
Et puis vint le diagnostic inattendu : l'autisme.
Ce mot, que j'avais d'abord reçu comme une énigme, devint peu à peu une clé. Il m'offrit une carte pour comprendre les territoires inconnus de mon esprit et de mon corps. Grâce à lui, j'ai pu rouvrir la porte de mon appartement, cette porte qui m'avait autrefois semblé infranchissable. J'ai pu de nouveau affronter le monde.
Mon cher Burn out, 10 ans ont passé depuis que tu as surgi dans ma vie, que tu m'as mise à terre. Tu resteras en moi, toujours, comme une empreinte pour me rappeler que je ne dois plus m'oublier.
Alors merci, car sans toi, je ne serais peut-être plus en vie. Le coma social et professionnel dans lequel tu m'as plongée m'a contrainte à explorer mes propres profondeurs. Et dans ces profondeurs, contre toute attente, j'ai découvert un univers merveilleux, rempli de couleurs.
Merci, car si je suis aujourd'hui ici pour raconter mon histoire, si je suis devenue artiste, c'est aussi parce que j'ai traversé ta nuit. Quand on a connu les ténèbres, les silences et les gouffres de la souffrance, quand on vécu tant d'heures sans matin, on apprend à apprécier la lumière au détour du chemin. On la reçoit comme un trésor, on la protège encore plus encore.
Aujourd'hui, cette lumière, je la porte en moi, je la transforme en images, en éclats de voix. Et à travers mon art, je la transmets au monde, pour célébrer le vivant et toutes les beautés qui nous fondent.
Merci pour la nuit, elle m'a appris à choisir la vie. Merci pour les couleurs, elles ont donné un sens à mes profondeurs.
